Archives par mot-clé : agriculture

Là où le Père Noël ne s’est pas arrêté

Je vous l’écrivais début 2014 : « on regardera dans Googlemap quelques régions vraiment affligeantes » . Maintenant que les fêtes sont finies et que le Père Noël est rentré au garage, celui-ci m’a confié avoir survolé quelques régions pas jolies, jolies.

Je vous invite donc à en découvrir trois. Ce sont des vues Googlemap, utilisez votre souris pour déplacer la carte et zoomer pour les détails.

La croisière ne s’amuse plus

Que deviennent nos paquebots, nos porte-conteneurs et autres géants des mers qui servent notre civilisation d’homme moderne ? Ils vont à Alang, en Inde.

Comme pour nos déchets électroniques, ce sont les pays pauvres qui accueillent nos navires, où ils peuvent être démantelés sans se soucier de la pollution et de l’impact sanitaire des déchets toxiques.

Sur une plage de 11 kilomètres, ce sont des dizaines de milliers d’ouvriers qui désossent nos épaves, pour 1,1 à 2,8 euros par jour.

Voilà bien un endroit où il ne fait pas bon vivre. Et pour lequel Streetview ne risque pas de passer !

Welcome to the jungle

Bienvenue dans « la jungle », un lieu où quelques sauvages vivent de plus en plus nombreux, laissés-pour-compte d’une société qui creuse les inégalités.

Où est-ce donc ? En Amérique latine ? En Afrique ? En Chine ?

Non. Nous sommes dans la région la plus riche des États-Unis : la Silicon Valley. C’est là que l’on trouve le plus grand campement de sans-abri du continent.

Voici la vue satellite de Coyote Creek, où vivent des SDF. On peut y deviner quelques campements, sauf si vous zoomez. Car alors, on passe à une photo prise à un autre moment : après un « nettoyage » de la zone.

Où sont-ils alors passés ? Peut-être aux douches publiques, juste à côté de la villa de Larry Page, cofondateur de Google et 17e homme le plus riche du monde ?

La mer de plastique

Nous sommes à Alméria, en Espagne. Une région que l’on la surnomme « le jardin de l’Europe », car elle inonde nos pays de fruits, principalement l’hiver.

Mais à quel prix ? Tout ce blanc que vous voyez, ce sont les serres, construites dans une région aride. Il s’agit d’agriculture intensive, avec tout son cortège de laideur et de souffrance. Car en plus d’assécher les nappes phréatiques et de polluer la région, 80.000 personnes, souvent des illégaux, y sont exploités comme des esclaves.

Alors quand vous achetez des fruits et légumes « Made in Spain », pensez à Alméria.

Mes meilleurs vœux ?

Après le survol de ces lieux déplorables, vous souhaiter « mes meilleurs vœux » pour cette nouvelle année me parait aussi incongru que de dire « bon appétit » avant d’attaquer son repas. Comme si nous avions besoin de cela pour commencer une année durant laquelle, pour la plupart d’entre nous, nous ne manquerons de rien !

Je préfère vous souhaiter une année 2015 pleine de bonnes résolutions, d’actes responsables et de pensées positives.

Gestes écologiques, nourriture bio, commerce équitable, etc

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50 idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation

Faut-il persévérer dans l’agriculture industrielle ou, au contraire, aller vers le bio ? Mange-t-on plus mal qu’avant ? Comment sortir les pays du Sud de la faim ? Un livre répond à 50 questions de ce type.

Vrai, ce livre n’est pas rassurant

En commençant ce livre, je m’attendais voir certaines de mes convictions ébranlées : je souhaitais presque que son auteur, Marc Dufumier, me dise que tout ne va pas si mal, et que ce catastrophisme autour de notre alimentation n’existe que pour vendre des produits plus chers à des écolos bobos et à des disciples du new age.

En fait non : son bilan sévère sur l’agriculture et notre santé ne m’a pas rassuré.

Cet agronome, professeur émérite, expert auprès des Nations unies et de la Banque mondiale, a à son actif quelques dizaines de missions dans des pays en voie de développement : il connait la réalité du terrain.

Il nous propose donc un tout d’horizon, en 50 affirmations, auxquelles il répond par un « vrai » ou « faux », suivi d’une argumentation sur quelques pages. Facile à lire, direct, clair : voilà un livre efficace.

Mais l’auteur détient-il la vérité ? Si oui, il est temps de changer notre agriculture.

Que se passe-t-il vraiment dans nos campagnes ?
Que se passe-t-il vraiment dans nos campagnes ?

Belles mais sans goût

Car Dufulier tire à boulets rouges sur notre agriculture industrielle et son pendant, la recherche du profit qui nous conduit à une alimentation de plus en plus pauvre. Sans compter les ravages environnementaux.

  • vrai, la plupart des tomates n’ont plus de goût. Car elles sont choisies pour leur résistance au transport, leur conservation et leur calibre ;
  • vrai, nos races animales sont en voie de disparition. Adieu les vaches de races augeronne, betizu, bressane, garonnaise… Seules les espèces les plus performantes demeurent, entraînant un patrimoine génétique dégénératif (consanguinité) ;
  • faux, l’agriculture française ne doit pas se mécaniser pour être compétitive. Elle sera toujours perdante face aux exploitations plus grandes et moins chères de certains pays. Il faut au contraire privilégier une agriculture plus écologique, créatrice d’emplois, fournissant des produits de qualité ;
  • faux, les rendements agricoles n’augmentent pas dans les pays industrialisés. Car les sols sont dégradés, le coût des produits chimiques augmente, et les parasites résistent de plus en plus aux pesticides ;
  • faux, l’agriculture industrielle ne vend pas des produits bon marché. Car il faut calculer les coûts indirects imputés aux contribuables, pour réparer les dégâts écologiques ou payer les frais de notre mauvaise santé.

Dix ans en moins

Une mauvaise santé, disais-je ?

Oui, car le premier chapitre du livre, l’idée reçue n°1, est intitulé ainsi : « L’espérance de vie dans les pays industrialisés ne cesse d’augmenter, notamment grâce à la meilleure qualité des aliments. FAUX. »

Et oui, alors que notre espérance de vie a augmenté durant le XXe siècle, elle stagne depuis le début de ce nouveau millénaire, et nos jeunes de 20 ans risquent de vivre dix ans de moins que nous ! « En cause : les perturbateurs endocriniens, que l’on trouve dans notre environnement et dans notre alimentation, à savoir les résidus de pesticides dans les fruits et légumes, les hormones dans le lait, ou les anti-inflammatoires et antibiotiques de la viande. » (p. 17)

Aux États-Unis, l’espérance de vie a même entamé sa décroissance. Mais pas de conclusions hâtives : si la nocivité des pesticides sur la santé est scientifiquement démontrée, elle n’est pas encore statistiquement avérée. C’est une faille que les lobbies de l’industrie alimentaire s’empressent d’exploiter.

Bio pour bobos

"Une poule pondeuse est abattue, épuisée, à 18 mois, alors qu'elle pourrait vivre 10 ans" (p. 74) - image (c) GAYA
« Une poule pondeuse est abattue, épuisée, à 18 mois, alors qu’elle pourrait vivre 10 ans » (p. 74) – image © GAYA

Vous l’avez compris : l’auteur ne trouve aucun avantage à l’agriculture industrielle, et prône une agriculture alternative, qui a plus d’avenir.

Cette nouvelle agriculture se retrouve en partie dans le « bio », une technique tout aussi savante car elle joue avec l’écosystème qu’il faut comprendre et maîtriser. Certes, les rendements ne sont pas aussi élevés que dans l’agriculture industrielle, mais ils ne concernent que les pays du Nord. Or, ce sont les pays du Sud qui souffrent de la faim, alors qu’il leur reste des terres vierges de toute activité intensive : les techniques du bio pourraient y augmenter les rendements.

« Les obstacles qui empêchent le Sud de recouvrer son autonomie alimentaire et donc de réduire, voire d’anéantir, la fin dans le monde ne sont pas d’ordre agronomique mais relèvent de l’économie et de la politique : c’est sa dépendance à l’égard du modèle de l’agriculture industrielle du Nord qui l’entrave dans son développement. » (p. 127)

Alors c’est « VRAI : les produits bio, plus coûteux, sont réservés aux bobos. » (p. 129). Mais c’est parce que les producteurs bio ne sont pas encore assez nombreux et regroupés.

Alors il importe aux « bobos », dont je fais partie, de donner le coup de pouce à ce marché

À vous de jouer !

« 50 idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation », Marc Dufumier, 255 pages, Allary Editions

VRAI, acheter des produits du commerce équitable contribue au développement économique et social des pays du sud (mais son impact est infime) (p. 205)

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La Ruche qui dit Oui !

« Manger mieux, manger juste », c’est le slogan d’une entreprise qui fait du bien à notre société, et qui est, peut-être, déjà dans votre quartier.

Ça se passe près de chez vous

Dans l’article précédent, je chroniquais un livre de Jane Goodall, qui nous encourageait à changer notre mode d’alimentation, par une consommation responsable.

Ce n’est pas toujours évident, et le rayon « Bio » de votre supermarché n’a sans doute pas réussi à vous faire quitter le côté obscur de l’alimentation industrielle.

Mais des initiatives apparaissent, et l’une est sans doute proche de chez vous : « La Ruche qui dit Oui ».

J’avais vu un reportage sur cette organisation française. Cela m’avait enthousiasmé, et un an plus tard, je découvre qu’une antenne s’ouvre dans mon quartier… au bout de ma rue.

Bienvenue dans la Ruche

« La Ruche qui dit Oui ! est un service web qui donne des ailes aux circuits courts. La plateforme de vente en ligne favorise les échanges directs entre producteurs locaux et communautés de consommateurs qui se retrouvent régulièrement lors de véritables marchés éphémères. » (Qui-sommes-nous-WEB.pdf, page 4).

Concrètement, une antenne (une « Ruche ») a été ouverte dans mon quartier par une « responsable » (merci Martine), qui s’est chargée de trouver des producteurs locaux (fermes, boulangers, bouchers, crémiers, artisans…), et une salle pour organiser les ventes hebdomadaires. Nous, les habitants du quartier, nous inscrivons comme membre pour pouvoir acheter ces produits. Ensuite…

  1. On les commande dans un catalogue en ligne, sur le site de la Ruche. Les produits sont classés par genre (légumes, viandes, boulangerie…), avec une photo, le prix à l’unité, le producteur.
  2. On clôture sa commande avant la date limite (chez nous c’est le dimanche soir pour la distribution le mercredi). On connait alors le montant maximum à payer.
  3. Le jour précédant la distribution, la commande est revue : en effet, les producteurs ne se déplacent pas en dessous d’un montant minimum de marchandises. Si c’est le cas, tous les produits du producteur sont retirés des commandes, et les paiements revus à la baisse.
  4. Le montant est ensuite automatiquement débité de la carte de crédit (dont le numéro a été fourni lors de l’inscription).
  5. Le jour J, nous allons chercher nos produits. Notre commande porte un numéro, et les producteurs nous attendent avec nos paquets. Il n’y a plus qu’à passer de l’un à l’autre…
La commande n°21
La commande n°12

Tout le monde gagnant

C’est le producteur qui fixe ses prix, et comme c’est lui qui profite en premier de cette plateforme de vente, il en est le financier : 16,7 % de son chiffre d’affaire va à l’entreprise (car il s’agit d’une entreprise française agréée ESS comptant 35 salariés). Ce qui permet aussi de dédommager le responsable de la ruche : cela vaut bien les 10 à 15 heures par semaine que ça lui demande !

Une Ruche profite donc à tout le monde : on fait vivre des producteurs de la région, on mange mieux.

Et on fait des rencontres.

Car la distribution ne se résume pas à un passage sous le couvert d’un numéro anonyme : les dégustations offertes par des producteurs passionnés ne manquent pas, et les conversations entre personnes partageant les mêmes valeurs sont facilitées. Le quartier devient un village. Et nos courses un acte social.

D’ailleurs, des liens se créent aussi dans le virtuel, entre deux distributions…

Oui en plusieurs langues

Car le site de la Ruche qui dit oui est redoutablement bien fait. Chaque ruche y a son compte, renforçant la communauté locale, avec son fil d’actualité. Le responsable annonce les dégustations et les nouveaux produits, les membres réagissent et commentent, et les producteurs viennent parfois faire un « petit coucou ».

Mais le plus jouissif, c’est de voir les prénoms des nouveaux membres apparaître sur la ligne du temps : il en arrive chaque semaine, et notre petite ruche en est à 539 membres et 15 producteurs.

Quant aux Ruches, elles prolifèrent. Après avoir dit « oui » à la France et à la Belgique (557 ruches, plus 187 en construction), elles s’internationalisent et disent « yes », « ja » et « sí ».

La vague du « manger mieux, manger juste » s’étend donc sur l’Europe. Et si votre quartier est oublié, il ne tient qu’à vous de changer ça.

Frais et vrai !
Frais, et couleurs naturelles !

La Ruche qui dit Oui...

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