Les guerres de l’eau

Beaucoup d’analystes le disent : l’eau sera l’enjeu du XXIème siècle. Pourrait-il y avoir des guerres pour cette ressource ? En fait, ça chauffe déjà bien dans certains coins de la planète…

Ça bouillonne ferme

(c) Adam Nieman
© Adam Nieman

De toute l’eau de la terre, l’homme ne sait utiliser que 0,02 % : on parle d’eau douce, dans nos rivières et nos nappes phréatiques. Cela vous semble peu ? Eh bien cela fait malgré tout 6.900 m3 par personne et par an ! Voilà pour la bonne nouvelle.

Et maintenant la mauvaise : cette eau n’est pas correctement répartie, dans l’espace… comme dans le temps. Par exemple, les crues n’arrivent pas toujours au bon moment, d’où l’utilisation de barrages, qui peuvent désavantager des pays en aval, créant un conflit entre voisins.

Ce genre de problème, c’est justement l’objet du livre de Frédéric Lasserre, directeur de l’observatoire de recherches internationales sur l’eau de l’université de Laval au Québec : si nous n’en sommes pas encore à des « guerres » de l’eau, la géopolitique bouillonne déjà sur cette ressource. Et, pression démographique et réchauffement planétaire aidant, ce n’est pas prêt de s’améliorer !

Là où ça chauffe

Si en Europe l’or bleu ne nous donne pas trop de soucis, ce n’est pas le cas du reste du monde. Voici les points chauds expliqués par notre géopoliticien de l’eau :

  • Israël doit partager le Jourdain avec la Jordanie, tandis que la Syrie aimerait récupérer le plateau du Golan.
  • La Syrie, l’Irak et la Turquie se disputent le Tigre et l’Euphrate.
  • L’Égypte se montre agressive vis-à-vis des pays en amont du Nil (Soudan, Éthiopie, Ouganda, Kenya…) qui aimeraient toucher aux affluents. « Le seul facteur qui pourrait déclencher l’entrée en guerre de l’Egypte est l’eau. » (Sadate en 1979)
  • Les Etats-Unis, en particulier l’Ouest américain, mènent un train de vie qui surexploite leurs réserves en eau. Des conflits existent localement, et le pays aimerait acheter de l’eau au Canada.
  • L’Inde et le Pakistan construisent des barrages pour irriguer les terres à partir de l’Indus. Le problème est qu’ils ne sont jamais d’accord sur les installations de l’un ou l’autre, et l’ONU ou la Banque Mondiale doivent intervenir avec des traités.
  • Qui plus est, en Inde, deux états se disputent le fleuve Cauvery : le Tamil Nadu et le Karnataka. Depuis l’époque coloniale, chacun se croit dans son droit, et arbitrages et procès ne mènent à rien.
Source : F. Lasserre, L’eau, enjeu mondial. Géopolitique des ressources en eau, Le Serpent à Plumes, Paris, 2003, p.77
© F. Lasserre

L’agriculture a soif

« A travers le monde, l’agriculture absorbe plus de 70 % de toute l’eau mobilisée pour satisfaire les besoins des sociétés humaines. » (p. 57)

Contrairement à une idée reçue, ce n’est donc pas l’industrie qui en consomme le plus, car celle-ci fait surtout un prélèvement : l’eau utilisée est évacuée – hélas avec une certaine pollution, ce qui n’arrange pas nos affaires, concédons-le !

Comme l’agriculture ne représente plus qu’un faible pourcentage du PIB dans la plupart des pays, c’est bien sur ce secteur que les efforts doivent être consentis. Un exercice périlleux alors que la pression démographique pousse à augmenter les rendements, ce qui implique souvent une irrigation massive, et donc un épuisement des nappes phréatiques et rivières.

Certes des solutions techniques existent, comme le goutte-à-goutte, mais elle est chère pour les pays en voie de développement.

Voies d’eau

Contrairement à d’autres matières premières ou l’énergie, l’eau ne se transporte guère : les conflits hydriques sont donc de nature régionale, et des décisions à l’échelle mondiales sont difficiles.

De plus, la dynamique de l’eau est compliquée car sa valeur marchande est faible, voire considérée comme un bien légitime pour l’humanité, au même titre que l’air. Cela a conduit à un certain gaspillage : par exemple des vieilles canalisations qui fuient, ou des cultures inappropriées au climat.

Alors, avec tout ça, comment pourrait-on améliorer les choses ? L’auteur donne quelques voies, comme :

  • Favoriser l’essor de l’agriculture dans les pays en développement, plutôt que de faire jouer la mondialisation, qui donne une concurrence déloyale : car ce n’est qu’en augmentant la rentabilité des cultures qu’une irrigation plus efficace peut être financée.
  • Ne plus associer l’agriculture à la prise de possession des territoires.
  • Arrêter la construction des grands barrages, qui provoquent trop de réaménagements du territoire.
  • Ne plus entreprendre des installations de ponction ou de détournement des sources, sans en discuter au préalable avec les pays voisins.
  • Abandonner les législations locales au profit d’un droit international, qui se met en place depuis 1997.

Guerre et imposture

Frédéric Lasserre semble bien connaître sa matière, et son livre donne un beau panorama de la problématique de l’eau. Même s’il est focalisé sur la géopolitique – ce qui donne, en ce qui me concerne, quelques paragraphes un peu rudes à lire – tous les paramètres sont expliqués, et la vision est assez différente de celle donnée par Eric Orsenna avec son livre « L’avenir de l’eau », plus complaisant.

Les militaires devront-ils se mouiller ?
Les militaires devront-ils se mouiller ?

Mais ce livre n’a pas encore contenté ma… soif dans ce domaine. Car il étonnant de trouver des gens pour écrire que le manque d’eau est une imposture !

Affaire à suivre donc…

« Les guerres de l’eau » (259 pages), Frédéric Lasserre, éditions Delavilla

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2 réflexions sur « Les guerres de l’eau »

  1. Pour une meilleure répartition de l’eau (répondre aux besoins des individus) et éviter sa privatisation… en Europe… quoi de mieux à conseiller que de commencer par signer cette Initiative Citoyenne Européenne pour amener le sujet devant le Parlement : http://www.right2water.eu/fr/node/5 (pour rappel, même si cela sort de ses attributions, l’Europe encourage actuellement -dans l’ombre- sa privatisation : http://actuwiki.fr/eco/1154 ).

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