Livre "Le Cygne Noir" de Taleb

Le Cygne Noir : nous vivons en Extrêmistan

Livre "Le Cygne Noir" de Taleb
Un livre plein d’enseignements

Un Cygne Noir est un événement inattendu et surprenant qui détruit vos convictions, met à terre vos plans, change vos théories…

Et Nassim Nicholas Taleb en développe le sujet sur presque 500 pages écrites en tout petit : un ouvrage dense entre science et philosophie, qui a séduit plus de 2 millions et demi de lecteurs dans le monde.

C’est que ce genre de lecture peut changer votre façon de voir les choses. Et en ce qui me concerne il y a un « avant » et un « après cygne noir » – même si ça n’a pas changé radicalement ma vie… Car mr Taleb, qui enseigne les sciences de l’incertitude, analyse en profondeur notre manière de penser, notre volonté de vouloir prédire l’avenir (le propre de l’homme), nos sciences se fondant sur l’expérience, notre perception fondée sur notre vécu, et le fait que nous continuons à diriger nos vies en minimisant l’importance des événements inattendus.

« L’idée centrale de ce livre concerne notre cécité face au hasard, et spécialement aux événements qui se démarquent particulièrement de nos attentes » (p.11).

L’auteur en a surtout après les sciences qui développent des théories sur base des cas normaux, minimisant les incertitudes, pour faire entrer les probabilités dans une belle courbe en cloche (courbe de Gauss) : ils les appellent les GEI (Grande Escroquerie Intellectuelle, p.19). En première ligne, les économistes !

Or il y a deux groupes d’événements dictant les modèles mathématiques, pour lesquels l’auteur imagine deux pays : le Médiocristan et l’Extrêmistan.

En Médiocristan c’est le règne de la normalité, de la courbe de Gauss : les événements extrêmes n’ont pas de conséquences sur la masse. Prenons 100 personnes et calculons-en la taille moyenne : le chiffre que nous obtenons déviera peu si nous réitérons l’expérience sur d’autres groupes de 100 personnes, même si parfois nous aurons quelques nains ou géants dans notre échantillon… Nous ne risquons pas d’avoir des moyennes de 3 mètres ou 3 centimètres, et nous pourrons en tirer des conclusions valables.

En Extrêmistan, la courbe de Gauss ne marche plus, car une seule donnée, extrême, peut réduire les autres à l’état d’insignifiance, et faire tomber les théories que nous élaborions avant de rencontrer cette anomalie. Poursuivons donc notre expérience avec nos échantillons de gens pris au hasard et établissons le salaire moyen : déjà là, les écarts vont bien varier d’un groupe à l’autre. Mais ok, à force de répéter l’expérience nous trouverons une moyenne… Jusqu’à ce que nous arrivions à un groupe où, pas de chance, se trouve Bill Gates ! Et voilà la moyenne des salaires qui monte en flèche, dans des proportions tellement énormes que les autres ne servent qu’à nous donner des erreurs d’arrondi ! Nous sommes tombés sur un cygne noir : jusqu’à ce qu’il arrive, nous étions persuadés qu’un salaire moyen était X, et que Y en était à peu près le maximum.

Voilà, bienvenue en Extrêmistan, un pays plus vaste que vous ne croyez : celui où un attentat peut mettre en crise la planète, où une simple idée peut vous rendre milliardaire, où la dinde est persuadée d’être nourrie par un bienfaiteur, où un tremblement de terre met en péril l’avenir du nucléaire. Et surtout où les phénomènes sociaux sont imprévisibles : un marchand s’immole par le feu et c’est l’Afrique du nord qui s’enflamme ! Autant d’événements qu’aucun économiste ne peut prédire, et pourtant ce sont ces événements qui font notre histoire. Autant dire que les spécialistes de tout poil, en particulier ceux qui donnent des conseils pour l’avenir, sont sévèrement jugés par Nassim Taleb.

« Le hasard est ce que je ne peux pas deviner parce que ma connaissance des causes est incomplète, pas nécessairement parce que les propriétés du processus sont vraiment imprédictibles. » (p.391). Ici, le hasard n’est pas d’un dé qui roule pour ne sortir que des chiffres entre 1 et 6 !

Dans cet article je n’expose qu’une des nombreuses idées de mr Taleb, qui nous dit de ne pas écouter les spécialistes tirant des plans sur notre futur. A titre personnel j’en tire une leçon : mon blog portant justement sur les domaines les moins prédictibles de nos connaissances, le Cygne Noir me guette. Si je peux me faire une opinion, je ne dois pas m’enfermer dans des convictions, et garder la porte ouverte à un facteur chance, accepter que mes connaissances ne me permettent pas d’imaginer l’improbable…

Si votre esprit est encore embrumé par tout ce que je viens de raconter, je ne manquerai pas de faire référence aux préceptes de Mr Taleb dans mes futurs articles. Et qui sait, peut-être que l’un d’eux expliquera l’histoire de la dinde…

« Le cygne noir », éditions Les Belles Lettres, 479 pages.

Invasion of the saucer-men edited
Quand nous serons 10 milliards, les extra-terrestres viendront nous « récolter ». Et aucun économiste ne l’aura prévu !

Pour Nassim Thaleb, un économiste est plus proche d'un charlatan que d'un scientifique

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8 réflexions sur « Le Cygne Noir : nous vivons en Extrêmistan »

  1. article intéressant. On pourrait en effet se mettre à douter des économistes quand on voit à quel point ils n’ont rien vu venir. Ou alors il savaient… ou alors ils n’ont rien annoncé car il ne faut pas bouleverser le monde. « Dormez en paix, braves gens. » Il suffirait d’un cygne…

    1. Je te confirme qu’ils se sont gourés ! Parlant des experts, Taleb explique que trop d’informations ne permettent pas d’avoir un meilleurs jugement, mais par contre conforte l’expert dans sa théorie et le rend aveugle à d’autres possibilités.

  2. si on parle des économistes, je ne pense pas qu’ils se soient gourés. je pense justement qu’ils savant ce qu’ils font, en tout cas les plus puissants. actuellement c’est eux qui dominent le monde, ok on va me dire que ça fait longtemps mais la encore plus. il suffit de voir comment les dirigeant réagissent face au agence de notation pour pas perdre leur fameux AAA.
    ils ont conscience qu’ils jouent un jeu, qu’ils peuvent le perdre a tout moment (quoique) et dont le but est de s’en mettre pleins les poches sans que ça dérape. et la ils prennent tout ce qu’ils peuvent avant que ça ne chute.
    c’est une tactique bien connue, ils vont monter les prix un max et ensuite il vont calmer le jeu pour calmer les gens, qu’ils oublient et ensuite ça recommencera de plus belle. un peu comme les américains, un coup je met un républicain qui va faire des guerres, pomper un maximum de fric et ensuite pour calmer tout ça ils mettent un démocrate pour apaiser les citoyens (de leur pays ou des autres). et puis ils recommencent en boucle.
    est ce qu’un jour ça va vraiment péter et que tout va s’écrouler? peut être ou peut être pas, ça dépend sûrement du cygne noir

    bon me suis ptete égaré la lol (paul tu connais mon goût de l’écriture et de ma communication lol ;))

    1. Ah mais j’apprécie toutes les réactions, Greg ! Et celle-ci est aussi en rapport avec « Les nouveaux maîtres du monde », publié ma semaine passée. Et j’attendrai avec impatience tes remarques quand je parlerai des éoliennes, puisque là ce sera toi l’expert !

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