Lloyd Blankfein et le livre de Pascal Canfin

Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire

Un député combatif

Alors que nous traversons une période où il n’y a pas un jour sans que la « dette » apparaisse dans l’actualité, voici un petit livre qui vient à point. Nous le devons à un auteur bien placé pour parler de ce que disent les banques, et pourquoi il faut faire la part des choses : Pascal Canfin, député européen, membre des commissions Affaires économiques et monétaires.

Pour notre député, la politique doit reprendre la main sur la finance : c’est son combat, sa vocation… sa croisade ! Car en plus de proposer des lois pour changer le système, il a initié la création de Finance Watch, ONG ayant pour but de donner un contre-pouvoir aux opérateurs financiers. Enfin, avec ce petit livre, monsieur Canfin s’adresse au grand public : on aimerait voir plus de députés européens aussi combatifs !

Le petit livre qu’il faut croire

Dans L’industrie du mensonge je vous parlais du lobbying : ici on est au cœur de la tourmente ! Car notre député, avec ses propositions de loi, subit la campagne de désinformation de la part du monde financier, celui-ci brandissant la menace sur l’économie et de la délocalisation si on change les règles. Or, ces menaces, ces arguments, ces analyses ne tiennent pas la route : monsieur Canfin, entouré des spécialistes qui se sont ralliés à sa cause (parfois repentis de la haute finance), démystifie toutes ces informations… toxiques !

D’abord, il donne sa réponse aux bonnes paroles du monde financier, français en particulier (« La crise financière, c’est pas nous », « Les banques françaises ne spéculent pas sur les dettes des États », « Les banques françaises n’ont rien coûté aux contribuables », etc).

Suivent la dénonciation de quelques pratiques, comme le trading haute fréquence (acheter et vendre sur quelques secondes, sous le contrôle de programmes informatiques), et les spéculations sur les CDS (produit servant à s’assurer contre la faillite d’une entreprise ou d’un État).

Ensuite il démonte les arguments opposés à l’idée d’un contrôle de la finance (« Fixer des contraintes trop fortes aux banques pénalise l’économie, et donc l’emploi », « Si vous régulez trop, on partira s’installer ailleurs », « Les marchés financiers et leurs innovations facilitent le financement et l’économie », « Les produits complexes sont utiles à l’économie car ils permettent de limiter les risques », « Une taxe sur les transactions financières est mauvaise pour le fonctionnement des marchés », etc).

Lloyd Blankfein et le livre de Pascal Canfin
Lloyd Blankfein (banque Goldman Sachs) ne veut pas voir le livre de Pascal Canfin

Les 10 travaux, euh, réformes, de Pascal Ranfin

Après toutes ces explications sur un monde peu reluisant (autant dire qu’on a plutôt envie de vider son compte, car c’est bien avec notre argent que les banques jouent !), Pascal Ranfin énumère les 10 réformes qu’il veut mettre en place :

  1. conditionner l’octroi de la licence bancaire et le soutien de la Banque centrale (seules les banques répondant à certaines conditions éthiques auraient une licence) ;
  2. réduire la taille des banques et augmenter leurs fonds propres (séparer la partie banque d’affaire de celle du détail – nos épargnes – et augmenter leur « matelas d’argent » pour les rendre moins vulnérables) ;
  3. donner au régulateur européen le pouvoir d’interdire aux banques de verser dividendes et bonus (pratique maintenue par des banques sous-capitalisées) ;
  4. interdire les produits financiers toxiques ;
  5. soumettre les produits financiers à autorisation préalable de mise sur le marché (halte à toutes ces monstruosités mises sur le marché par la vague de libération de la finance) ;
  6. rompre avec le court-termisme des marchés financiers (ça n’apporte rien à l’économie) ;
  7. lutter contre les paradis fiscaux ;
  8. marginaliser les agences de notation ;
  9. mettre fin aux conflits d’intérêt (trop de politiques ayant un pied dans la haute finance et vice-versa ; les banques clientes des agences de notation ; etc.) ;
  10. taxer les produits indus de la finance (stop au profit maximum et immédiat, une des causes de la crise).

Des États à différentes vitesses

Ce qui m’a étonné, c’est de savoir que chaque État avait ses préférences et ses réticences parmi ces mesures. Ainsi la France et l’Allemagne n’ont pas les mêmes avis !

Autre surprise : les États-Unis vont plus loin que l’Europe en matière de réglementation, puisque le gouvernement d’Obama a mis en place le Dodd–Frank Act, pour atteindre justement l’objectif visé par mr Canfin.

Et que disent les banques là-bas ? Si c’est comme ça on se délocalise… en Europe !

Ben voyons !

« Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire » par Pascal Canfin, éditions Les Petits Matins, 124 pages.

Plus de réglementation et de contrôle sur le monde de la finance...

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5 réflexions au sujet de « Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire »

  1. Quiz: qui a dit: Je pense, que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple …permet un jour que des banques privées contrôlent la monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour d’elles ruineront la population, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où les enfants se réveilleront sans maison et sans toit sur la terre conquise par leurs parents.??? Récompense: ouverture d’un compte en devise nabatéenne.

      1. yes he could have been this guy, seulement désolée pour la promesse non-tenable (si ceci se dit en français): plus de devis nabatéenne….. le vieux Jefferson disait bien vrai en 1802. L’argent est bien et bel une contre-valeur ( au sens propre et figuré)………..

  2. Je suis d’accord avec Mr Canfin qui est celui dont on entend le moins parlé comme ministre, pas étonnant….il faut réguler la finance avant qu’une catastrophe…c’est l’état qui doit diriger la marche économique de la France sinon nous allons vers des déboires sans compter le problème du libre échange et de la zone euro et de la monnaie euro.

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