Tous les articles par Paul Barbieux

Une donnerie pour Jette

Je voulais que ma commune ait une donnerie virtuelle : un site web pour publier des annonces d’objets à donner. Elle n’en avait pas. Alors je l’ai créée !

Jette a sa donnerie

Un livre trop loin

Je vis à Bruxelles. Et un habitant de Liège donne un livre m’intéressant : j’ai trouvé son annonce sur un site spécialisé. Mais suis-je prêt à parcourir une centaine de kilomètres pour obtenir ce livre ? Non. Et ce liégeois voudra-t-il me l’envoyer ? Non plus : déjà qu’il le donne, ne lui en demandons pas trop !

Mais voici que livre est à donner à Bruxelles… mais de l’autre côté de la ville. Vais-je traverser la cité pour l’acquérir ? Ce n’est pas sûr.

Et si ce livre est donné dans ma commune ? Là j’accepte de marcher ou pédaler pour l’obtenir… Si en plus il est dans ma rue,  je lierai connaissance avec un voisin !

Ce raisonnement m’a conduit à la conclusion suivante : un site d’annonces d’objets à donner ne peut réussir que s’il est local, portant sur un territoire délimité. Tel qu’une commune ou un village.

Existe-t-il des communes proposant un tel site ? État des lieux…

La donnerie qui n’existait pas

Un endroit où les gens entreposent des objets à donner se nomme « donnerie » . La carte des initiatives du RCR permet de trouver les donneries de Bruxelles et de Wallonie : il s’agit principalement de pages Facebook et de listes de diffusion Agora, qui ne me satisfont pas.

Seule la donnerie d’Etterbeek répond à mes attentes : cette commune a développé un site d’annonces s’adressant à ses citoyens. Mais qui gère ce site ? Personne ne répond à ma demande d’information.  L’idée d’une collaboration avec cette donnerie tourne donc court : je n’ai plus qu’à retrousser mes manches et concrétiser ce que j’ai en tête.

Et voici comment je vois les choses…

Des cassettes VHS pour le monde entier

Visiter une donnerie, c’est comme parcourir un marché aux puces : on flâne, on cherche rarement quelque chose en particulier, mais on espère tomber sur une bonne surprise.

J’imagine donc mon site au plus simple : une page avec des annonces dans leur ordre d’arrivée (les plus récentes en tête). Pas de blabla, pas de news, pas de recherche, pas de « Bienvenue sur la donnerie de Jette » : vous arrivez, vous découvrez ce qu’on donne… vous contactez !

Mais surtout : seuls les habitants et travailleurs de la commune peuvent poster des annonces. On s’inscrit donc en choisissant la rue dans laquelle on habite ou on travaille.

Pour autant, le site ne se coupe pas du monde : n’importe qui peut consulter les annonces et contacter les donateurs. Après tout, si un liégeois est prêt à se déplacer pour mes cassettes VHS…

Tu vois, tu prends

Chemin de croix

Je commence mon entreprise en août 2017 : mon temps libre est partagé entre la programmation du site et un entraînement en vue de mon Chemin de St-Jacques de Compostelle.

Arrive septembre et j’entame mon chemin de croix… Non, en fait il y en a deux !

Car une autre idée fait… son chemin ! Je ne lancerai pas le site en mon nom : je veux le confier à la commune.

Je contacte donc mes quelques connaissances travaillant à l’administration communale. Les réactions sont enthousiastes. Mais les rouages de l’administration sont complexes (et impénétrables ?) : le chemin est plus long pour les convaincre que pour programmer le site. La décision n’arrivera qu’en janvier 2018 : oui, la commune adopte le site et le promotionnera !

Vous êtes les 1 %

C’est une belle reconnaissance pour mon travail.

Et une belle vitrine pour mon ambition : mettre le code du site à disposition des communes et quartiers qui souhaiteraient avoir leur propre donnerie virtuelle.

En ce mois de mars 2018, le site est officiellement lancé. Il est ouvert aux 52.000 jettois ainsi qu’aux travailleurs de la commune : en attirer 1 % sur le site serait fabuleux.

Soyez donc ce 1 % et inscrivez-vous sur www.donneriejette.be !

Vous n’êtes pas de la commune ? Qu’à cela ne tienne : remuez ciel et terre pour que ce site soit créé dans votre quartier. Puisque je vous le dis : ce site est à donner !

Une donnerie dans chaque commune :  le chemin est encore long…

Une donnerie virtuelle pour ma commune

View Results

Loading ... Loading ...

 

Enquête sur le cauchemar de Darwin

« Le cauchemar de Darwin » , documentaire multi récompensé, ne serait qu’une supercherie ! C’est un historien français qui le dit. Ou alors c’est celui qui dit qui l’est ?

Enquête sur l’enquête…

La faute au capitaine

Que ceux qui n’ont pas vu « Le cauchemar de Darwin » lèvent le doigt : c’est le film emblématique des altermondialistes. Sorti en 2004, ce documentaire de l’autrichien Hubert Sauper emporta un succès inespéré : le public se déplaça en nombre, les critiques furent élogieuses, les récompenses tombèrent.

Je résume les propos de ce film coup de poing, pour les rares personnes ayant levé le doigt :

  1. À des fins commerciales, la perche de Nil fut introduite dans les années 60 dans le lac Victoria. Un choix irresponsable car…
  2. … ce grand prédateur a remplacé les poissons endémiques du lac, privant les habitants de Mwenza (Tanzanie) de leur nourriture traditionnelle. Mangent-ils alors du Capitaine (l’autre nom de ce poisson maudit) ? Même pas, car…
  3. … l’animal est traité puis expédié dans nos pays, ne laissant aux habitants que des carcasses peu ragoutantes.
  4. Cette denrée destinée à notre assiette est transportée par des avions cargos russes. Atterrissent-ils là-bas la soute vide ? Non, ils arrivent chargés d’armes  illégales. Ajoutant ainsi une couche d’instabilité à cette région minée par la misère.
Une affiche explosive

Le film est une succession d’images glauques, sans commentaires. Quelques titres et des interviews nous laissent assembler les pièces d’un effroyable drame : nous sommes coupables de spolier les Tanzaniens de leur poissons, et nous les payons en kalachnikovs !

Ce n’était pas un homme avec un seau

Le retentissement du film eu pour conséquences l’appel au boycott de la perche du Nil, l’indignation du monde politique, l’entrée en campagne des ONG.

Toute cette révolution sur la seule foi d’un film d’une heure 47 au montage discutable et sans base scientifique : « Comment expliquer que le Cauchemar de Darwin ait été pris avec un tel sérieux ? » s’interroge François Garçon, spécialisé dans l’histoire et l’économie du cinéma.

En 2005 il publie une contre-enquête dans Les Temps Modernes (et développée dans le livre chroniqué ici), dénonçant le film : c’est une imposture ! Ses arguments, il ne les cherche pas sur le terrain en Tanzanie (ce que lui reprochera le réalisateur et son fanclub) mais en se documentant : rapports de l’ONU et des ONG, interviews du cinéaste, biographie des pseudo-scientifiques défendant le film, actualité du pays, littérature sur la région, études scientifiques sur la faune du lac, etc.

Ses conclusions sont loin du tableau macabre projeté en salles :

  • l’introduction de la perche du Nil fut un acte réfléchi, après des années de débat dans la communauté scientifique. Et c’est la Tanzanie qui prit cette décision, dans le but d’améliorer l’économie autour d’un lac pauvre en ressources. On est loin de l’image insinuée par le film : un homme versant un seau de perches au bord de l’eau, un après-midi, comme ça ! ;
  • la perche du Nil profite bien aux Tanzaniens : elle a permis une augmentation des activités de la pêche, et les industries du conditionnement donnent des emplois bien rémunérés. Même les carcasses (les pankies), que le film fait passer pour la nourriture locale, développent l’économie : elles servent de nourriture animale ;
  • rien ne prouve que la perche du Nil est à l’origine de l’appauvrissement du lac : les rejets de l’agriculture intensive et des industries pourraient en être les causes premières ;
  • et surtout : le trafic d’armes est une invention !
Un livre que rien n’arrête

Trafic de bottins

Ce dernier point est celui qui fâche ! Car le supposé trafic d’armes est la révélation qui rend le film explosif. Au point d’en inspirer l’affiche.

Or, aucune image n’étaye cette théorie, malgré sept mois de tournage. C’est une idée suggérée par un habile montage et des interviews orientées.

Notre historien peut-il, à son tour, prouver l’absence de trafic d’armes ? Hélas non. Mais il se base sur des évidences :

  • les transporteurs n’ont pas besoin de ramener des armes pour rentabiliser leurs voyages entre la Tanzanie et l’Europe ;
  • Mwanza est mal située pour développer un tel réseau de contrebande ;
  • la Tanzanie ne souffre pas de la présence de bandes armées et de conflits ethniques (c’est même un des pays les plus stables de la région) ;
  • les ONG n’ont jamais constaté de tels agissements.

« En clair, à Mwanza, les seules armes se trouvent dans la tour de contrôle de l’aéroport. Ce sont les bottins téléphoniques destinés à écraser les mouches et autres insectes volants. » (p. 204)

Cauchemar mis en scène

Dans son livre, Garçon ne manque pas d’arguments pour démonter le film. Mais il règle aussi ses comptes avec la presse qui a manqué de sens critique, avec un public irresponsable (boycotter la perche du Nil serait un désastre économique pour la Tanzanie), et avec le réalisateur qui lui a intenté un procès en diffamation. Mais à en croire certains compte-rendus, Garçon présente aussi quelques propos discutables.

Alors finalement, qui croire ?

Je n’ai pas revisionné le film. Mais je l’ai survolé à la recherche de certaines séquences révélatrices. Comme cette scène avec les enfants se bagarrant pour du riz, à 1h10 : les plans ne semblent pas être pris au même moment, la bagarre sonne faux, les adultes restent impassibles, les enfants semblent en bonne santé. N’est-ce pas une mise en scène ? « Question cauchemar […] Sauper a respecté son cahier des charges. » (p. 163)

La contre-enquête de Garçon me semble plus honnête que le film de Sauper.

Décidément, après les révélations sur les méthodes douteuses de Michael Moore, on se demande si un film documentaire destiné aux salles peut rester honnête !

« Enquête sur le Cauchemar de Darwin », François Garçon, 266 pages, Flammarion

À Mwenza, il peut aussi y avoir du soleil © Street View – Peter Caroll

Pour compléter cette enquête :

"Forcer le trait et prendre des libertés pour remuer les consciences, cela n'en vaut-il pas la peine [...] ?" (Le Courrier, 27 juin 2006)

View Results

Loading ... Loading ...

L’effort est un jeu

« Changez vos habitudes pour sauver la planète » est une rengaine mille fois entendue. Mais est-elle motivante ? Pas vraiment. Elle est même cynique : qu’apportent nos gestes face au bulldozer de la machine économique occupée à bâtir une montagne de dégâts environnementaux ?

Pourtant je change mes habitudes. Car je trouve mes motivations ailleurs.

Démonstration…

Balancer les bras

À mon départ en pension (supposé à 67 ans), j’aurais évité le gaspillage de quelque 13.000 serviettes essuie main. Ce bilan s’obtiendra en changeant une habitude, encore perpétuée par mes collègues : aux toilettes, on s’essuie les mains en utilisant sans compter plusieurs serviettes en papier. Trois ou quatre serviettes pour certains, jusqu’à une dizaine pour quelques rares personnes !

Et pourtant, une serviette suffirait. Voire aucune. Car :

  1. En secouant les mains, on évacue la plus grande partie de l’eau.
  2. L’humidité restante est évacuée sur le trajet du retour au bureau. À condition de marcher en balançant bien les bras !

Certes, un tel comportement mouille les poignées de porte. Et nous met dans l’embarras quand on doit serrer la main d’un collègue croisé sur le trajet. Voilà pourquoi j’ai besoin d’une, et une seule, serviette : pour sécher… la main droite !

Si tout le monde se faisait la bise, je n’aurais même pas besoin d’une serviette !

Ce petit effort est une goutte d’eau dans l’océan de serviettes jetées par des centaines de collaborateurs durant une journée. Cela en vaut la peine ?

Oui, car je suis satisfait des trois recharges de serviettes épargnées chaque année sur ma personne. J’en comptabiliserai une cinquantaine à la fin de ma carrière : n’est-ce pas réjouissant ?

Et ce changement d’habitude s’ajoute à d’autres : ne pas laisser couler l’eau en se lavant les mains, mettre l’ordinateur en « veille prolongée » avant une réunion ou la pause de midi, ne pas utiliser des feuilles vierges pour des brouillons, refuser le café s’il est servi en gobelet, etc. Au bout d’une année, toutes ces ressources économisées sont la récompense à tous ces efforts.

D’ailleurs, sont-ce vraiment des efforts ?

Gagner des joules

En fait, non. C’est un jeu.

Tous ces gestes m’amusent. C’est ma manière de faire une douce révolte, d’aller dans le sens contraire de la marche, de bousculer les habitudes héritées des Trente Glorieuses Gaspilleuses.

Je joue à gagner des joules !

Comment en gagner dans le métro ? En n’ouvrant pas la porte de la rame pour moi seul si quelqu’un en ouvre une plus loin !

Comment en gagner dans le quartier du bureau ? En restant à distance des commerces afin de ne pas déclencher l’ouverture des portes automatiques.

Comment en gagner sur mon lieu de travail ? En ne prenant pas l’ascenseur, évidemment !

L’homme qui montait à pieds

Ma motivation première est ma trajectoire descendante dans l’utilisation des ressources.

Mais j’aspire aussi à influencer mon entourage : quand je sors du métro en prenant l’escalier à côté de l’escalator, c’est en espérant que la personne derrière moi comprenne le geste. Et si je pouvais inspirer les employés de ma société, 3000 recharges seraient économisées chaque année !

Certes ce n’est pas suffisant pour sauver le monde. Mais si vous n’êtes pas d’accord avec sa marche, quittez les rangs.

Et prenez donc l’escalier…

Une seule serviette pour essuyer vos mains...

View Results

Loading ... Loading ...