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ExtraPaul racommode ses chaussettes

Sauvons les chaussettes

Probablement parce que nous n’avons pas connu la guerre, certainement parce que le culte de la croissance passe par le gaspillage, nous avons plein de petites habitudes qu’il est difficile de justifier….

J’ai déjà abordé le génocide des gobelets, cette fois c’est au tour des chaussettes jetées un peu vite : un sujet rarement abordé, une injustice que je n’ai pas peur de dénoncer !

It’s a wonderful world… of waste

D’abord je l’avoue, jusqu’il y a peu, mes paires de chaussettes subissaient de plein fouet la dure loi de la sélection naturelle, qui fait si bien l’affaire de notre économie : t’as un défaut, tu disparais… et te fais remplacer ! Le défaut, en l’occurrence, étant un trou apparaissant au niveau de mon gros orteil, dont l’ongle, pas assez souvent coupé je l’avoue, repoussait dans ses derniers retranchements la résistance des matériaux – le génie humain n’a pas encore tout résolu.

Ah, ces chaussettes que l’on jette pour un trou : c’est un double drame. Car ces tricots, en plus de vivre aux extrêmes, sont liés comme des siamois : si l’un d’eux a une faiblesse, c’est une fin funeste pour tous les deux (la belle affaire !).

Changeons les chausses

Jusqu’il y a peu, disais-je, c’était « Chaussette à trou, chaussette que je désavoue ». Sans état-d’âme !

Jusqu’au jour où, à force de m’informer / m’intoxiquer par le greenwatching, une voix apparut dans ma tête : c’était celle de Yann Arthus-Bertrand qui, dans un « La chaussette vue du ciel« , me disait : « Savez-vous qu’il faut 300 litres d’eau pour faire une paire de chaussette ? » (imaginez le chiffre 300 apparaissant alors que nous survolons un champ de coton…). Et d’enchaîner : « Mais heureusement il y a des hommes qui se battent pour changer les choses. Et j’en ai rencontré un : il s’appelle ExtraPaul  » .

ExtraPaul racommode ses chaussettes
Un travail qui crée des liens

La croissance aura le moral dans les chaussettes

Revenons sur terre : j’ai pris les armes ! Aiguille au poing, j’ai crié à la face du monde que dorénavant je réparerai mes chaussettes.

Et il m’a fallu combattre un dogme, une loi, un non-dit : quand on gagne bien sa vie, on ne se rabaisse pas à raccommoder ses chaussettes, on les remplace !

Et bien, je ne joue plus le jeu ! Et tant pis pour les chinois de Datang, tant pis pour Blacksocks et son abonnement aux chaussettes, tant pis si tout un pan de l’économie s’effondre par mon comportement à rebrousse-poil : « La crise de la chaussette semble avoir démarré quelque part en Belgique » , lira-t-on dans les livres d’histoire.

Allez, je vous laisse : j’ai du monde à opérer…


Attention : activité pouvant créer une addiction

Quand vos chaussettes ont des trous...

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Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête

15 géographes nous rassurent sur notre avenir : ça va aller ! Mais le monde qu’ils proposent ne me plaît pas !

La raison des géographes

« Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête » : je devais absolument le lire ! A force d’être plongé dans des ouvrages alarmistes, je devais sortir la tête de l’eau, et avaler cet ouvrage comme un bon bol d’air frais.

Et j’étais vraiment curieux : comment 15 scientifiques français, pour la plupart professeurs en géographie, allaient me convaincre que, certes, le fonctionnement du monde est perfectible, mais qu’il n’y a pas de quoi s’alarmer ? Pour reprendre la quatrième de couverture : « Les géographes ont décidé de prendre la parole et de mettre les choses au clair. Leur connaissance de l’histoire mouvementée de la Terre leur permet de mieux comprendre et de mieux évaluer les changements auxquels nous allons devoir faire face. »

Ils prennent ainsi le contrepied de la presse en générale, du GIEC, des ONG, et j’en passe.

Voilà un document qui a le mérite d’exister : si comme moi vous êtes curieux des différents « sons de cloche » que l’on peut entendre sur l’état de notre monde, lisez ce livre. Mais cela ne veut pas dire y adhérer…

Le ciel ne vous tombera pas sur la tête
Un peu de lecture pour se remonter le moral !

Du réchauffement à la fine cuisine

L’ouvrage se découpe en autant de paragraphes qu’il y a d’auteurs, chacun spécialiste d’un domaine : le réchauffement, la montée des eaux, la biodiversité, l’eau, les forêts, la démographie, les énergies, … et deux sujets plutôt étonnants : la fine cuisine dans la grande distribution et le nouveau rôle des armées !

Vu le nombre de sujets traités, la plupart des chapitres vont à l’essentiel : d’abord démystifier les faits, puis rassurer et positiver. Hélas, si la première partie avance de bons arguments, la deuxième est parfois bien maigre ou les solutions avancées ne me plaisent pas beaucoup ! Voici quelques exemples…

La biodiversité se porte mieux avec l’homme

Georges Rossi, qui a consacré sa carrières aux questions de relations entre sociétés et environnements, nous dit que l’homme a toujours modifié son environnement, et que « L’état zéro de la biodiversité n’existe pas » (page 154). Vouloir préserver une biodiversité en l’état n’a donc pas de sens. D’ailleurs, une bonne partie des plantes que nous connaissons à l’heure actuelle est le fruit des manipulations humaines. Vouloir protéger la nature ne dessert pas l’homme, et de plus la biodiversité se porte mieux en sa présence qu’en son absence.

Notre professeur se focalisant sur le végétal, il en oublie toutes ces races d’animaux disparues de notre planète, non pas par l’évolution, mais par la destruction de leur habitat ou la chasse cupide. Faut-il laisser disparaître gorilles, tigres du Bengale, pandas et ours blancs parce qu’ils n’apportent rien à l’homme ? Est-ce que le Costa-Rica, protégeant 25 % de son territoire, est un mauvais exemple de protection de la biodiversité ?

Les forêts partent deux fois moins vite

Continuons dans le même thème, brièvement : Paul Arnould est spécialiste des forêts et de l’environnement et nous explique, après avoir philosophé sur la définition et le rôle d’une forêt, que « Bon nombre d’espaces défrichés retournent ensuite à la forêt » (page 174). Il n’y a donc pas, comme les médias aiment l’annoncer, un terrain de forêt disparaissant à chaque seconde, mais bien… toutes les deux secondes et demie.

Me voilà rassuré et poursuivons…

Nous n’allons pas à la famine

Alors que Gérard-François Dumont explique qu’il n’y a pas une « explosion » démographique, mais un vieillissement qui devrait nous conduire à un bon 9 milliard en 2050, et un équilibre du peuplement dû au développement des pays les plus pauvres, venons-en à Sylvie Brunel, directrice du présent ouvrage, auteure de nombreux livres sur la faim, apparaissant parfois à la télévision pour expliquer que nous pouvons nourrir tout le monde…

Et là, le discours ne souffre pas d’ambiguïté : extension des terres cultivées (un milliard d’hectares en Afrique !), augmentation des rendements, invention de nouvelles plantes, passages à des techniques plus intensives.

Après ce discours aux accents industriels, elle enchaîne avec un chapitre sur « La nécessité d’une agriculture écologiquement intensive » (page 226). Elle y fait mention, entre autres, du progrès de l’irrigation, derrière lequel on devine la privatisation de l’eau… une spécialité française, rappelons-le.

J’avoue qu’ayant vu récemment « Vers un crash alimentaire » , qui tenait un discours complètement différent, je suis dubitatif…


Sylvie Brunel parle d’un autre livre, mais ses propos résument parfaitement celui-ci

Le monde vu par les géographes : j’aime pas !

Dans la plupart des articles, tout comme dans la vidéo ci-dessus, les géographes se basent sur l’histoire de l’homme pour nous rassurer : depuis le début, il a modifié son environnement et s’est adapté, et il en est ainsi pour notre avenir.

Mais trouvez-vous que notre démographie et notre avancée technique ont suivi un accroissement linéaire ? Moi je vois plutôt une courbe exponentielle : en deux siècles la population s’est multipliée par 7, la technologie a fait un immense bon, et la demande en énergie a suivi. Mais la terre est restée à la même taille, c’est sûr. Alors des flashbacks sur Malthus (XVIIIème) qui s’inquiétait de la démographie, les conquistadors qui croyaient découvrir des forêts vierges, le Club Alpin français qui s’inquiète des montagnes en 1890, tout ça me paraît faible pour faire une projection de notre avenir !

Et est-ce que notre histoire a déjà connu la mondialisation, le libéralisme et la perte de souveraineté des pays comme nous le vivons maintenant ? Mais à lire entre les lignes, c’est bien cette situation-là qui permettrait de résoudre les maux de notre terre.

Nos géographes font confiance à l’homme, et le mettent au centre du monde : « A quoi sert de protéger la Nature si elle n’est pas mise au service du plus grand nombre ? » nous préfacent Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte.

Je n’aime pas ce point de vue : je me projette au delà de 2050 (ce que ne font pas nos amis les géographes) et je vois une terre caparaçonné comme Trantor, planète ville imaginée par Asimov dans son cycle de Fondation.

C’est moins joli qu’une planète bleue, mais il va falloir s’y faire…

Trantor par http://gouie.deviantart.com
Notre belle planète grise

« Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête », Sylvie Bruenl et Jean-Robert Pitte, 352 pages, JC Lattès

Voici deux citations opposées. Les géographes choisissent la 2ème, c'est sûr. Et vous ?

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L’avenir de l’eau (ah bon ?)

Voyage au fil de l’or bleu

Erik Orsenna est un écrivain, membre de l’Académie française, qui publie depuis quelques années des « petits précis de mondialisation » : il parcourt la planète pour faire un état des lieux et philosopher sur le coton (« Voyage au pays du coton »), le papier (« Sur la route du papier ») et l’eau : « L’avenir de l’eau », le seul que j’ai lu…

Ce livre se lit comme un récit de voyage, passionnant : dans les livres chroniqués sur ce blog, c’est le seul que je classe dans la catégorie « détente », ce qui signifie que je le lis avant de m’endormir (les autres ouvrages n’ayant pas cette qualité calmante qui me permet de finir ma journée en toute sérénité – sans blague !).

L’eau dans tous ses états, dans tous les Etats

L’auteur commence par un chapitre sur la nature de l’eau : entre philosophie et physique, il décrit le personnage principal de son livre avec finesse et esprit. J’irais jusqu’à dire qu’il… nous met l’eau à la bouche.

Ensuite viennent autant de chapitres que de contrées visitées, introduites par la carte géographique des lieux : l’Australie et sa sécheresse, Singapour cherchant une eau pure pour son industrie, Calcutta et ses eaux insalubres, le Bangladesh inondé, la Chine polluée et ses barrages, Israël dessalant la mer…

Le dernier tiers du livre est consacré à des explications scientifiques, quelques questions africaines, des solutions techniques, un débat sur les concessions publiques et privées, des défis pour le futur, etc. Bref, à toutes sortes du sujets afin que le lecteur puisse refermer ce livre en ayant le sentiment de tout savoir sur l’eau… Est-ce le cas ?

Réticence

J’avais terminé ce livre il y a quelques mois, et en gardais un souvenir enthousiaste : aujourd’hui que je l’ouvre pour le chroniquer, je porte un regard plus sévère. Car dans ce sujet grand comme une forêt, on ne suit que le chemin parcouru par notre homme, qui a surtout rencontré des hauts-placés et des scientifiques enthousiastes, qui lui ont parlé de grands défis et prouesses techniques, dans lesquelles l’industrie française n’est pas étrangère !

Avec le titre que se donne ce livre, je m’attendais surtout aux enjeux économiques de l’eau, en particulier à sa privatisation. Ce sujet y figure bien, mais je trouve Orsenna assez conciliant sur ce point. Certes, son point de vue en vaut un autre, mais quand on connait sa carrière, je ne peux me reposer sur ce livre pour me faire une opinion.

Il y a aussi ses explications scientifiques : un académicien, politicien, économiste, peut-il nous parler de la fonte des glaces, de la photosynthèse, de la génétique, et j’en passe ? Oui, se défend-il en réponse à Thierry Ruf (de l’Institut de recherche pour le développement, celui-ci a adressé une critique très fournie et argumentée à l’auteur), car il s’est entouré de scientifiques. Dont la liste est dans les remerciements. Et il y a beaucoup de noms, parmi lesquels celui de Claude Allègre, scientifique très polémiqué (j’en parlerai bientôt). En fait, voir son nom ne me pose pas vraiment de problème, et ne m’étonne pas : mais il me confirme bien que ce livre n’apporte qu’une certaine vision.

Mobilou et l'Avenir de l'eau
Mobilou aimerait changer le titre de ce livre

Ne boudons pas notre plaisir

Alors, finalement, faut-il lire ce livre ? Eh bien je serais malhonnête de dire non, car c’est un récit de voyage, agréable, rempli d’anecdotes, et très instructif (je me répète : mais quasiment tous les lecteurs saluent ces qualités). Mais ce qu’il couvre n’est qu’une coupe transversale de la problématique, et je n’ai donc qu’un reproche à lui faire : celui d’avoir choisi un titre aussi péremptoire et prétentieux que « L’avenir de l’eau » !

 

« L’avenir de l’eau », par Erik Orsenna, 413 pages, éditions Fayard.

Il nous suffit d'ouvrir un robinet pour avoir de l'eau. Avez-vous conscience de notre chance ?

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